Un chercheur financé par les IRSC propose un nouveau protocole de dépistage et de traitement de la maladie mentale chez les personnes souffrant de dépendances.
(EN)—« Les problèmes de dépendance et de santé mentale sont parfois comme les bouts entremêlés d un même noeud », explique le Dr Brian Rush de l Université de Toronto.
« L alcool, les drogues et la santé mentale peuvent être étroitement liés », selon le Dr Rush, qui est aussi scientifique principal au Centre de toxicomanie et de santé mentale.
Malheureusement, la tradition veut que les centres de désintoxication travaillent séparément des cliniques de santé mentale pour démêler le noeud.
« C est un cauchemar pour le patient » dit le Dr Rush.
« Prenons le cas d une personne avec un problème de drogue ou d alcool qui prend aussi des antidépresseurs. Elle se présente au centre de désintoxication, mais se fait refuser l accès sous prétexte qu aucun médicament n est toléré dans le programme. Cela n arrive plus que très rarement, mais certains centres de traitement des dépendances ont depuis longtemps pour politique d interdire les antidépresseurs car, selon eux, les participants doivent se prendre en main et nettoyer leur système. »
Le Dr Rush dirige une initiative financée par les Instituts de recherche en santé du Canada qui vise à procurer aux centres de traitement des dépendances des outils efficaces pour dépister les problèmes de santé mentale chez leurs patients. Selon lui, un diagnostic exact est essentiel à un traitement adéquat.
« Je connais le cas de quelqu un qui avait participé plus d une dizaine de fois à des programmes de désintoxication, mais qui n avait jamais été interrogé sur ses sautes d humeur. Il se trouve que cette personne souffrait du trouble bipolaire, mais on ne lui avait jamais posé le genre de questions simples qui auraient révélé son état. »
Le Dr Rush s est déjà livré à une évaluation des outils de dépistage – qui sont essentiellement des questionnaires simples que les intervenants en toxicomanie peuvent utiliser pour détecter les cas de maladies mentales comme la dépression, les troubles anxieux, les phobies et la schizophrénie. Maintenant que son équipe a évalué les outils, elle met à l essai un nouveau protocole de dépistage dans quatre centres de traitement des dépendances en Ontario.
Pour le Dr Rush, ce projet représente le point culminant de dix années de recherche, dont une bonne partie en collaboration avec des centres de traitement des dépendances et des cliniques de santé mentale. Si les essais se passent bien, il prévoit établir une « communauté de pratique » nationale pour le protocole.
« Selon moi, c est là que la recherche doit se concentrer », déclare le Dr Rush. « On ne peut se contenter de rédiger un article scientifique ou de concevoir un protocole clinique, de les publier et de les afficher dans le Web. Il faut en faire des ébauches, en discuter avec les organismes, les appliquer, les évaluer, les réviser et travailler avec. »
Le protocole sera adapté et perfectionné selon les résultats des expériences menées dans les quatre sites d essai, pour être ensuite diffusé à d autres centres de traitement du pays par le biais du Web et d information sur papier.
Directement engagés dans l élaboration du protocole, les organismes de traitement des dépendances qui participent à l étude mentionnent qu ils en récoltent déjà les bénéfices.
« Nous avons participé à la validation des outils de dépistage dans ce qui fut un bel exemple d intégration de la recherche et de la pratique », déclare Paul McGary, directeur du programme de santé mentale et du Pinewood Centre de Lakeridge Health à Oshawa. « Nous avons pu obtenir des patients une rétroaction immédiate, qui a éclairé directement la planification des traitements et la pratique clinique. Lorsqu on peut éclairer la pratique clinique aussi rapidement, le travail prend vraiment une valeur concrète. »
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